Le canicross enceinte

Faire du canicross lorsqu’on est enceinte ? C’est de la folie ! C’est de l’inconscience, de la malveillance vis à vis du bébé pas encore né, c’est égoïste et risqué et ça ne vaut pas le coût. Attends, mais t’imagines comment le pauvre fœtus doit se sentir, secoué dans tous les sens, comme une canette de Coca, compressé par une ceinture et tiré par un chien ? Tu es malade ! C’est le genre de discours auquel mon humaine a eu droit de la part de ses proches lorsqu’elle répondait par l’affirmative quand on lui demandait si on continue nos sorties running à 6 pattes.

Mais mon humaine n’est pas du genre à prêter attention à l’opinion générale, surtout quand celle-ci concerne ses affaires très personnelles. Car les gens ont un avis sur tout et ils sont tous au moins experts en politique, foot et, apparemment, grossesse. Elle s’est dit qu’elle demandera plutôt l’avis des experts sur la question : sa gynéco, son médecin du sport et les ABC coachs sportifs avec lesquels elle travaille. Sa gynéco lui a donné le go, à valider et revalider à chaque fois qu’elles se voient, par précaution et en tenant compte des résultats de ses analyses médicales. Plutôt logique.

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Son médecin du sport, lui, la suit depuis des années, depuis sa première blessure au genou et il a l’habitude de travailler avec des sportives qui tombent, elles aussi, enceintes à un moment donné de leur existence. Il lui a conseillé de ralentir la cadence, diminuer les distances, oublier le fractionné, travailler en endurance fondamentale. Mais, à part ça, feu vert pour des sorties tranquilles avec moi.

Les coachs sportifs lui ont recommandé des séances plus adaptées à sa nouvelle condition, suggéré de bien s’alimenter dès qu’elle a faim, qu’elle ne pousse pas trop et qu’elle s’hydrate encore plus qu’avant (comme si c’était possible ! elle boit plus qu’un cheval de course).

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Avec tout cet arsenal de conseils de la part de ceux qui savent vraiment de quoi ils parlent et avec les résultats des analyses et échographies régulières en poche, mon humaine a décidé de surtout écouter son corps. Car, mine de rien, il lui disait pas mal de choses, lui aussi. Par exemple, dans le premier trimestre, quand elle mettait son réveil à 6h pour qu’on aille faire notre sortie tous les deux, mais que son corps lui disait merde, elle allait plutôt vomir que courir. Et moi, je comprenais, elle avait l’air tellement mal, la pauvre, que je ne lui ramenais même plus ses baskets.

Quand on finissait par aller faire notre séance, je l’entendais respirer différemment. Son rythme cardiaque était plus accéléré, elle s’essoufflait après une petite montée et elle n’avait plus du tout la même pèche qu’avant. J’ai vite compris que, pour me défouler, elle préférait me laisser en libre en début de séance, lorsque le parc était encore vide, et continuer la séance à un pace plutôt cool. Ça m’allait aussi : moi, tout ce que je veux c’est qu’on s’amuse ensemble.

Par la suite, ça a commencé à aller mieux, elle avait trop d’énergie. Le deuxième trimestre a l’air d’être vraiment top. Bon, elle me semble bien droguée aux hormones, car elle rigole tout le temps et se tape des fous rires toute seule. Elle a beaucoup de bonne volonté, mais son pace est toujours au ralenti. Pas la peine de forcer, on le sait tous les deux, donc on y va mollo et on profite de la vue.

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D’ailleurs, à quoi ressemblent nos séances maintenant ? Eh bien, c’est toujours le matin, ça n’a pas changé. D’un côté parce qu’elle est plutôt une lève-tôt, mais aussi parce qu’on vit à Paris et, si elle a envie de me laisser un peu libre, elle doit le faire dans le parc lorsque le reste de la population dort. On commence toujours par une longue balade, elle me laisse le temps de renifler librement tous les buissons, les coins de rue, les poubelles et les Velibs. Quand on arrive au parc j’ai le droit à mon quart d’heure de folie. Il est tôt, il fait nuit, il fait froid, mais je m’éclate. Bon, des fois, il arrive qu’elle croise d’autres coureurs et là, c’est foutu pour ma liberté. Mais c’est plus rare.

Après, je reprends ma place devant l’humaine et je trottine tranquillou en lui lançant des petits regards par dessus l’épaule de temps en temps. Bah oui, on ne sait jamais. Quand je sens qu’elle va vraiment lentement, je me colle à sa jambe et je la fixe du regard presque en permanence. Cette humaine est sous ma responsabilité, j’ai promis à l’humain que j’en prendrai soin coute que coute. En plus, comme il y a aussi le petit têtard, maintenant, ça commence à ressembler à un petit troupeau, tout ça, je me sens à ma place.

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Je ne tire plus comme un malade, je ne fais plus mes sprints de furie et, de toute façon, il ne faut pas oublier qu’avec la ceinture ou le baudrier, aucune pression sur le bébé, ça tire dans le dos. Mais je ne voudrais pas faire tomber mon humaine, son centre de gravité a changé et elle m’a l’air aussi stable qu’une toupie. Je me contente donc de suivre son rythme à elle.

On se fait dépasser par des mamies en fauteuil roulant et des chiens à 3 pattes et alors ? On s’en fiche, nous. Ce qu’on veut c’est de se dépenser un peu, partager un bon moment et profiter à fond des endorphines en fin de sortie. Mais, mine de rien, on connaissait l’existence du petit têtard depuis près de 3 mois quand on a participé au canicross de Darnétal 😀

Donc si vous aussi, vous vous demandiez comment ça se passe, le canicross lorsqu’on a comme partenaire une humaine enceinte, j’espère avoir répondu à vos questions. Sachez, en tout cas, que c’est tout à fait possible, car une humaine enceinte n’est pas une humaine handicapé. Il faut surtout demander l’avis des médecins et pas celui de mamie Josette et tata Yolande qui ont certes, connu la Grande Guerre, mais pas le dog running, s’écouter et si tous les voyants sont au vert, ne pas hésiter à continuer son sport, même le canicross.

Whiskey

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Qu’est-ce qui a changé dans ma vie depuis que l’humaine est enceinte

Les humains n’ont pas les sens très développés, je vous le dis. Mon humaine n’a eu aucun mal à duper son entourage pendant plus de 3 mois avant de leur révéler l’existence du petit têtard, mais on ne me la fait pas, à moi. Je l’ai tout de suite senti. Et, dès que je l’ai su, mon comportement envers l’humaine a changé.

Je la colle – pour la protéger, évidemment, c’est important de la surveiller de près et voir s’il ne lui manque pas quelque chose. Des fois, elle me boude et me ferme la porte des toilettes dans le nez, mais, en vrai, je sais qu’elle aime bien mon attention et je redouble d’efforts.

Je ne tire plus quand on fait nos sorties de canicross – impossible à Paris de courir en libre, alors mon humaine m’a bien brieffé, il ne faut plus que je la traîne avec des pointes à 20km/h, elle n’a plus la même vitesse de réaction et elle risquerait de tomber comme une crêpe, ce qui ne lui poserait pas de problème en temps normal, mais, avec le têtard en route, c’est pas une super option. Quand on court, je tourne systématiquement la tête pour voir si elle arrive à suivre et, si ce n’est pas le cas, je calme le jeu. Faut dire qu’on traîne un peu la patte en ce moment, mais bon.

Je lui fais des cadeaux – je lui ramène tous mes jouets et des balles encore plus qu’avant. Mais pas que : des fois, c’est plutôt des feuilles et des petites branches, histoire qu’elle puisse se construire un nid, je n’en vois toujours pas un et ça commence à m’inquiéter. Où est-ce qu’ils vont mettre le bébé quand il sera là ?

Je mets mon museau sur son ventre – avec Loulou on s’alterne pour que ce soit équitable, mais des fois on est là, tous les deux, collés sur le ventre de l’humaine, en guéant les mouvements du petit têtard.

La première fois que je l’ai senti, ça m’a beaucoup intrigué. J’ai levé la tête et puis reposée plusieurs fois pour vérifier que je ne m’étais pas trompé : si, ça avait bel et bien bougé. Ça m’a fait couiner d’incompréhension et regarder l’humaine de manière insistante, pour qu’elle m’explique. Je n’ai pas tout suivi, mais il paraît que c’est normal.

L’humaine dit que je suis archi-mignon et méga-chiant à la couver comme ça, mais je prends mon rôle très au sérieux. Je ne laisserai personne lui faire du mal pendant qu’elle porte le têtard, ça n’a déjà pas l’air très évident pour elle, je fais donc tout pour lui faciliter la tâche. Je suis un soldat en mission.

Whiskey

Top 5 des choses qui manquent à mon humaine depuis qu’elle est enceinte

Depuis qu’elle a appris l’existence du petit têtard,  l’humaine a commencé a se renseigner sur ce que sa nouvelle condition supposait. Et plus elle lisait d’articles sur internet ou des pages d’un énorme bouquin écrit pour des humains qui attendent des têtards, plus elle râlait. Je me suis dit qu’il allait y avoir du changement et que ça ne lui plaisait pas forcément.

En effet, plusieurs choses lui sont désormais interdites pendant quelques mois et mon humaine n’aime pas qu’on lui dise ce qu’elle a à faire. Après on dit que c’est moi qui ai un problème avec l’autorité !

En plus des changements physiques que faire pousser un autre être vivant dans son corps impliquent, les changements de sa routine quotidienne lui déplaisent également.

Je l’écoute se plaindre et j’ai même fait un top des 5 choses qu’elle a trop hâte de retrouver. Je les mis dans l’ordre de l’importance qu’elle leur accorde et je rigole intérieurement, mais je n’ose pas trop rire trop fort en vrai, elle me fait peur depuis qu’elle grogne plus que Le Coussin péteur 😀

1. Ses abdos

Bien évidemment. Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre par rapport à ce six pack, sérieux ? Je vous montrais dans un autre article l’avant / après de ses fameux abdos. J’avoue que je ne comprends pas l’obsession de l’humaine pour des muscles sculptés, mais j’ai tout de même compris que ça venait de sa conviction que rien de ce qui vaut vraiment la peine n’arrive facilement. La culture du travail, du sacrifice, de l’acharnement, je connais aussi, en tant que chien de berger.

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2. La corde à sauter, la boxe, la plyométrie…

…et tous les sports à impacts. Tout ce qui saute, qui fait transpirer, qui fait mal, qui donne des courbatures de l’espace. Tout ce qu’elle aime, quoi. Quand une humaine est enceinte, elle a interdiction formelle pour ce genre de chose. Et la mienne en souffre beaucoup, car c’est dans sa nature de rebondir comme un ressort et taper dans des sacs pleins de sable.

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3. Les huîtres

Oh les huîtres, ce bonheur au goût des vagues, elle en raffole l’humaine. Ça et tous les fruits de mer.  Elle ne peut plus en manger, car elle n’est pas immunisée à la toxoplasmose. Ce que je trouve bizarre, car elle a souvent eu des chats à la maison, elle s’est fait griffer plein de fois et elle a changé de très nombreuses litières. Ah, les chats, ces êtres mesquins, n’ont même pas eu la décence de lui faire cadeau d’une maladie.

4. Dormir sur le ventre 

Depuis qu’elle était un petit têtard elle-même, l’humaine dort sur le ventre. Ok, ce n’est pas l’idéal pour le dos, pour l’estomac, le cœur et je ne sais plus quoi d’autre, mais, pour elle, il n’y a que ça de vrai. Ses parents ont tout essayé pour qu’elle y renonce, rien à faire, l’humaine tournait dans sa position préférée même quand elle arrivait à peine à tourner sa tête.

Maintenant, vas dormir sur le ventre quand ton ventre précède ton corps lorsque tu rentres dans une pièce. Elle a réussi à le faire jusqu’à il n’y a pas longtemps, mais depuis quelques jours ça devient mission impossible. Tristesse.

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5. Prendre des risques 

Mon humaine aime bien les sensations fortes, les chicken games, les course d’obstacles, l’inutile prise de risques et tout ce qui peut lui rappeler qu’elle est libre et vivante. Et encore une grande ado rebelle dans sa tête, accessoirement. Elle est un peu casse-cou et aime bien provoquer la chance et même d’autres humains, quand ils ont une attitude inappropriée.

Par exemple, elle n’hésite pas à traiter de gros porc un lourdingue qui la dévisage pendant qu’on court ou à taper un scandale quand une petite mamie se fait doubler dans la file d’attente à la Poste. Et même si je suis d’accord avec elle, je me dis qu’elle est quand même toute petite… Mais elle s’en fout de prendre ou de donner des coups, mon humaine. Eh bien, plus maintenant. Car le petit têtard pèse dans sa prise de décision et elle est devenue plus… raisonnable. Ce qui ne lui plaît pas, car elle a l’impression de s’être transformé en petit être fragile, alors qu’elle a l’esprit d’un rottweiler enragé 😀

 

Voilà donc que la grossesse est pour mon humaine pire que sa blessure au genou qui l’a empêchée de courir pendant plus de 7 mois. Sympa pour le petit têtard, il est considéré pire qu’une bursite 😀 Tant qu’elle ne parle pas de moi comme ça, ça me va. Avez-vous aussi des frustrations de ce genre en période de blessure ?

Whiskey